Ragtime numéro 1 : Le temps des chiffons

 

 

 
    Ragtime ouvre son espace littéraire dans un entre-deux : l'absence de portance pour l'écriture dans notre temps, la volonté farouche de ne pas s'arrêter à des contingences mais de les dépasser. En littérature plus que partout ailleurs, ce chemin se trace par la création.
 
    Toute œuvre qui surgit dans le néant culturel et idéologique d'une époque est vouée à la misère. Toute recherche, toute élaboration qui s'y donne, contrainte par la rareté des matériaux et l'effritement des formes, doit se résigner à l'indigence. Tout artiste naissant, tout écrivain qui se découvre au milieu d'une époque telle, est voué inéluctablement à une nudité qui bafoue toute pudeur, qui interdit toute tricherie, rend impossible toute dérobade. Peut-être alors n'avons nous plus de choix : il nous faut apparaître tel que nous sommes : mégalomanes sublimes, âmes orgueilleuses et vides, aux sentiments trop forts pour être pures, aux idées trop vastes pour êtres vraies, pris par des hantises trop profondes pour être nous ; toujours et furieusement prêts à ne pas nous exhiber sans apprêts révélateurs. Nous nous découvrons, nous nous avouons tricheurs professionnels, parce que seuls nous avons compris les dangers de la pureté, les méfaits de l'innocence, les leurres que pose qui se prétend authentique. Au fond de ce gouffre, d'où pas le moindre écho de certitude ne sort, qui étouffe toutes les confiances, abolit toutes les sérénités, à défaut de la prétention à dénicher quelque vérité intemporelle sur la littérature elle-même, nous constatons la réalité de la situation de l'écrivain aujourd'hui. Nous sommes fiers, outrageusement fiers de ne pas nous refuser aux tentations d'y échapper.
    Deux écueils bordent le temps qui s'ouvre devant nous : l'apathie, l'indolence, l'inaction, en laquelle se mêlent, sans se confondre, les fainéants et les désespérés ; le volontarisme bienfaisant et béat, qui transforme les hommes en troupeau de moutons, puis en boucheries. Tous deux forment devant nous comme les rails dont il ne faut pas s'écarter, signalant les côtés grand ouverts de l'absolu néant. Notre route, au milieu, est celle du Petit Poucet : route de jeunesse qu'ouvre la misère, route où les textes attendus, si dépenaillés par les mauvais temps, ne laisseront peut-être pas même derrière eux quelques mots.
 
    Numéro publié sur Internet en octobre 1999, sur papier en octobre 2000. Version imprimée épuisée.
 

 

  • Prélude
    • Ragtime blues (Arnaud Vendenesse)
    • Vert de gris (Hermine)
    • Le fils d'Adam est un arriviste au string déchiré (Julien Campredon)
    • M'y voir (Hermine)
  • Fugue
    • La sirène et le rocher (Guilhem Semerjian)
    • Tableau (Arnaud Vendenesse)
    • Anecdote aussi simple que pathétique (Julien Campredon)
  • Thème
    • Le jour du chiffon (Guilhem Semerjian)
    • Lourde peine d'un jour (Agnès)
    • Quixotic Ragtime (Arnaud Vendenesse)
    • Jour tranquille... (Agnès)
    • Rag(e)time (Céline Cohen)
    • Verte carapace (Agnès)
    • Au paradis des chiffons (Matthieu Angotti)
    • Poétique (Hermine)
  • Suite
    • Herbert 96 (1) (Julien Campredon)
  • Coda
    • Disséquée (Hermine)
    • Coda par Arnaud (Arnaud Vendenesse)
    • Vil(l)es (Hermine)
    • Souffler n'est pas jouer (Guilhem Semerjian)