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Entre l'espoir - ce à quoi plus rien ne nous autorise - et l'abandon - condition suprême à laquelle l'escrime de la vie est d'échapper - quelle est la marge la plus faible ? Celle de notre conscience ou celle de nos actes...
Disons qu'au
départ il y a Choderlos de Laclos, qui se languit dans une médiocre garnison
d'une improbable guerre, qui seule pourrait lui apporter la gloire militaire.
Tout comme, un siècle et demi plus tard son pendant romanesque, moins prolixe
cependant, devant le désert des Tartares. Trop tard pour une révolution, trop
tôt pour un cataclysme. Quelle saloperie, ce dieu de la guerre ! Julien Sorel a
deux courtes attentes : celle de l'aventure et de la gloire, rêvant le nez
plongé dans ses bouquins, sous les réprimandes de son père ; celle de
l'échafaud, sous les contritions hystériques de sa première maîtresse, dans sa
dernière calèche. Plus efficace, plus radicale. Celles d'Eugénie Grandet ou de
Des Esseintes sont des vies d'ennui, celles de Chateaubriand ou de Frédéric
Moreau des masques de complaisance pour de maladives timidités, pour des
appréhensions paralysantes, pour toute dérobade face à l'action. A la clé pour
tous, toujours l'ennui plutôt que l'espoir, toujours des êtres qui se
morfondent ou cherchent à tromper l'ennui plutôt que le combattre ; jusqu'à
l'apogée, le fond du fond : chez Beckett, l'attente de Godot est érigée en
religion de la déréliction.
Certes il y
avait eu de glorieux ancêtres à ceux qui se languissent : Télémaque et Egée, le
fils et le père, le père et les fils, qui s'attendent se cherchent et se ratent.
Fatalité humaine ? Même Jésus, qui fait remarquer à sa mère qu'elle le brusque
un peu, lors des noces de Canna, que son heure n'est pas encore venue, Jésus
surtout, abandonné sur la croix, et qui s'en plaint, Jésus enfin, qui n'a pas
fini de nous faire attendre, dans l'antichambre de son improbable père. La
différence est là sans doute : les preuves ont disparu, évaporées dans les
brumes confuses des arguments philosophiques, dissipées par les projecteurs des
sciences avides. Sinon à la désespérance pure, nous sommes relégués à l'attente
infinie, que l'on comble comme on peut.
« Mathilde s'ennuyait en espoir. »
Elle attend, un dénouement heureux qu'elle sait impossible, une fin tragique
qui la contenterait. Cela, elle l'aura, fatalement. D'autres espèrent des
résurgences fabuleuses des premiers âges, et courent de désillusion en
désillusion, jusqu'à l'amertume, la rancœur et la désespérance. Certains
attendent le bateau ramenant l'être chéri, qui n'arrive pas, et leur attente se
prolonge en éternité. Il y en a qui affichent qu'allumer sa cigarette en
attendant le bus le fait venir. Essayez, vous verrez bien si ce n'est pas vrai.
Dans tous les cas, évaluez le temps qui n'est pas de l'attente dans votre vie.
S'il est possible que vous trouviez ne pas vous ennuyer, ne pas vous énerver,
ne pas trépigner ou vous lasser, vous languir, vous affadir et vous gâter,
écrivez-le ! Aujourd'hui, ce serait véritablement révolutionnaire.
Numéro publié sur Internet en décembre 1999, sur papier en décembre 2000. Version imprimée disponible sur commande (Présentation).
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- Prélude
- Vide atmosphère (Agnès)
- L'acariâtre bon vivant (Franck Sonipz)
- Le djinn (Céline Cohen)
- Fugue
- Bleu nuit (Guilhem Semerjian)
- Vas-y (Jérôme Rosso)
- Thème
- On a roulé sur mon pied (Matthieu Angotti)
- L'attente d'Elle (Arnaud Vendenesse)
- Fragile expérience (Agnès)
- Ersatz (Guilhem Semerjian)
- Petit bonhomme de nuit (Hermine)
- Suite
- Herbert 96 (2) (Julien Campredon)
- R.E.R. (1) (Arnaud Vendenesse)
- Coda
- Parfois aujourd'hui (Agnès)
- Renvoi : Bleu nuit (Voix blanche) (Céline Cohen)
- L'ermite, le dictateur et les poupées russes (Matthieu Angotti)
- Renvoi : L'attente d'Elle (Hermine)
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