|
L'homme et le monstre, le monstre et l'homme... mais voit-on des monstres dans la nature ? Non, répondons-nous : nous n'en trouvons que dans les livres...
Le narrateur abject, vous connaissez ? Si, voyons,
un effort : Meursault, Bardamu, le marié de Premier
Amour. Non ? Vraiment pas ? Ah, voilà, le problème est peut-être là : vous
les appréciez trop, ces héros de papier ou ces masques de fer, pour les rejeter
d'un geste péremptoire, d'un jugement froid et limpide, sec et impartial.
Difficile, après les avoir côtoyés de si près au fil de centaines de pages, après
les avoir compris et avoir compati à leur sort, de les rejeter dans les flammes
des damnés de l'enfer. Difficile d'accepter qu'ils sont ce qu'ils sont : des
criminels, des lâches, des inconséquents, des êtres immoraux, sans principes et
parfois sans cœur, parfois même des nihilistes dangereux, près à tous les
excès, de façon gratuite et vile ; bref de véritables infâmes, s'il n'y avait...
le narrateur.
C'est bien de cela qu'il s'agit, d'infamie. Des
êtres sans renommée, sans honneur, presque sans nom. Des êtres qu'on ne saurait
qualifier, encore moins juger, qui nous plongent, à la réflexion - pour peu
qu'on l'accepte -, dans une effroyable perplexité, qui nous dérangent très
profondément. Des êtres qui, si l'on sait l'avouer - hypocrite lecteur -, nous ressemblent. Des êtres qui nous dépassent
dans nos propres bassesses, les exultent et les révèlent, les rendent
tangibles, les montrent humaines et monstrueuses. Des êtres qui mêlent leur
anonymat au nôtre. La force de la narration stendhalienne, c'est de nous faire
fluctuer du mépris à la tendresse pour ses héros. Il y a la faiblesse des
hommes en proie au doute, au travers des jalousies
(Robbe-Grillet), il y a la faiblesse des hommes face aux femmes (J. Hold face à
Lol V. Stein), il y a la faiblesse du créateur (Molloy), il y a la faiblesse du
criminel.
Après la faiblesse de l'écrivain face au monde, y
aura-t-il la faiblesse de l'écrivain face à son héros ?
Numéro publié sur Internet en février 2000, sur papier en février 2001. Version imprimée disponible sur commande (Présentation).
|
- Prélude
- Laisse-moi parler j'ai mal aux chevilles (1) (Julien Campredon)
- L'irrésolu impatient (Franck Sonipz)
- Fugue
- A place to dream (Guilhem Semerjian)
- Le sarclé coquelicot (Emmanuel Borde)
- Thème
- Mise au point (Céline Cohen)
- A ton image (Guilhem Semerjian)
- Laisse-moi parler j'ai mal aux chevilles (2) (Julien Campredon)
- Son dos râpe le sol en continu (Matthieu Angotti)
- Je l'aime (Frédéric Combas de Bat)
- Suite
- Herbert 96 (3) (Julien Campredon)
- R.E.R. (2) (Arnaud Vendenesse)
- Coda
- L'immobile gesticulateur (Franck Sonipz)
- Laisse-moi parler j'ai mal aux chevilles (3) (Julien Campredon)
|