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« La clairvoyance est le seul vice qui rende libre - libre dans un désert. » (Cioran)
Nous naviguons à vue entre les leurres disposés
sur nos parcours, nous tentons - sans grand succès - de ne pas trop en être les
dupes, et par conséquent nous tendons à notre tour à nous faire leurre... Nous
voulons récupérer les miettes du gâteau. Nous nous leurrons par goût ou par
nécessité, le plus souvent par naïveté ou par... innocence. Ah ! quel art nous mettons à prolonger l'innocence... Nous
adoptons des contours plus flous, nous rendons notre teint diaphane, nous
souhaitons être inconsistants comme l'air, que rien ne puisse nous attraper, que
rien n'ai sur nous d'emprise, nous laissons les flèches nous traverser. Nous
esquivons avec brio. Nous nous drapons de voiles flottants, nos rubans portent
loin, nous savons happer les regards, aviver les mystères, dissiper les
lumières, attiser les soupçons. Nous savons rendre hagard. Le blanc virginal
nous va à ravir, le pourpre aussi, comme le ponceau éclatant de nos lèvres, le
profond bleu de nos yeux, et notre crinière noire qui n'en finit pas. Nous
savons exalter la beauté, nous savons exulter de passion, à moins que...
A moins que les jeux d'ombres et de lumières nous
fassent peur. A moins que nous redoutions les étincelles de ces feux
grandioses. A moins que les embruns de ces jets d'eau, à moins que les
éclaboussures de ces cascades nous effraient. Alors peut-être nous
retranchons-nous derrière d'autre leurres : l'authenticité, la sincérité, la
vérité.
A l'heure où les portes sont franchies de l'ère du soupçon, où tout platonisme a
cédé la place à l'héraclitéisme, où l'herméneutique a supplanté la
métaphysique, et la sémiologie l'esthétique ; ou peut-être mieux encore : à
l'heure de la reconstruction sur la table rase laissée par ce grand cataclysme,
que faire du leurre ?
Que faire des Chimères
qui hantent Nerval jusqu'à le rendre fou ? Que faire des mythes, que rien ne
définit, que tout pousse à croire vrai et à savoir faux, comme les tapisseries
de Philomèle ? Que faire des héros, ces êtres de papiers, que tout pousse à
croire faux et à savoir vrai, comme Don
Quichotte, comme Madame Bovary,
comme La Rose Pourpre du Caire ? Que
faire des songes, que faire des présages, que faire des sensations, que faire
des sentiments ? Faire des chimères, faire des mythes, faire héros, faire des songes,
faire des présages, faire des sentiments... Faisons des chiffons.
Numéro publié sur Internet en avril 2000, sur papier en avril 2001. Version imprimée disponible sur commande (Présentation).
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- Prélude
- L'indigent gourmet (1) (Franck Sonipz)
- Mirages (Guilhem Semerjian)
- Vendre son âme (Agnès)
- Fugue
- Autofiction (Emmanuel Borde)
- Thème
- Télépathie post-mortem (Julien Campredon)
- Tristesse (Agnès)
- La deuxième mort de Wang Fô (Guilhem Semerjian)
- Nic (Matthieu Angotti)
- Le front moite (Jérôme Rosso)
- L'eau rance (Guilhem Semerjian)
- Tentée (Hermine)
- Suite
- R.E.R. (3) (Arnaud Vendenesse)
- Coda
- L'indigent gourmet (2) (Franck Sonipz)
- Orphelins (Hermine)
- Coda (Arnaud Vendenesse)
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