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Une contrainte formelle ou thématique : introduire et exploiter la force centrifuge ou centripète, que ce soit par le biais d'un objet ou animal - toupie, escargot, escalier, vis, hélice - d'une image mentale - spirale de l'échec, du succès ou du désespoir - aussi bien que dans la morphologie même du texte. Voilà le défi qui se présente à nous.
Spirale. « Lorsque le mundus est ouvert,
c’est pour ainsi dire la porte des tristes divinités infernales qui est ouverte. »
Varron.
Spirale. La roue tourne, et tant qu’elle
tournera rond le monde pourra continuer à rouler. Qu’elle tourne, oui, mais
qu’elle roule rond... L’histoire du clou de Pascal jette un doute. Qu’un clou,
sur la périphérie d’une roue, par rapport à l’axe de l’essieu, décrive un
cercle, certes. Mais par rapport à la direction de la route... Ah ? Sitôt
perçu, le problème du clou fit passer la spirale dans le domaine mathématique,
la fit objet de concours et de querelles, puis d’équations. Le mathématicien du
XVII° siècle faisait entrer, à son insu, la course de notre planète dans l’ère
du chiffre. Mais avant ? Notre anneau de planètes ne faisait-il pas moins
le tour de notre galaxie selon une spirale dont les dimensions passent notre
entendement ? Et notre galaxie dans l’univers ? Et les particules
dans les atomes ?
Spirale.Où les opposés ne se rejoignent pas. 95% de la masse de
l’univers est composée d’une matière inconnue, dite masse noire, et 99,99% de
la matière connue est composée de vide (estimations actuelles). Il y a tout de
même de quoi vous flanquer le vertige. Alors ne parlons pas même de chiffres,
de dimensions, d’hypothèses et de conjectures... Le même Pascal, confrontant les
deux infinités, nous a dévoilé l’impuissance de notre entendement et la
puissance de notre imagination. Contre-pied à Descartes.
Spirale. Comme nous l’a rappelé Mircea
Eliade, toute cosmogonie traditionnelle est axée sur l’idée qu’un centre de
l’univers assigne à chaque chose sa place et sa valeur, son existence et son
importance. Nombril ou sexe du monde, Pythie,
Nippur, Thabor, Sumeru, Himingbjörgn, kien-mou, Dur-an-ki, etc.
etc., une infinité de noms imprononçables aujourd’hui qui sont censés, par le
simple pouvoir de l’évocation, nous y ramener. La croyance a perduré tant que
l’aristotélisme a dominé. Branle-bas de combat, tremblement de terre, coup de
foudre : la Docte Ignorance (1440) de Nicolas de Cues délocalise aussi
bien le centre que la périphérie. « (...)
par l’intellect, qui seul peut user de la Docte Ignorance, tu verras qu’il est impossible de
comprendre le monde et de lui assigner mouvement et figure, parce qu’il
apparaîtra, comme on l’a vu, en quelque sorte comme une roue dans une roue et
une sphère dans une sphère, n’ayant nulle part ni centre ni circonférence. »
La diversion tentée par Dali pour recentrer l’univers sur la gare de Perpignan
n’a pas pris. Nous cherchons toujours. Vertige.
Numéro publié sur Internet en février 2001, puis février 2002 après modifications.
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