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Escalade pâtissière
Eclaboussé partout éparpillés les morceaux projetés l'un par-ci l'autre par-là les rechercher c'est produire en chemin le bout de bief qui nous conduise et s'amener vers ce que l'on a perdu pas si simple n'est-ce pas... Bon j'arrête là les simagrées d'égarement facile parce que finalement se promener sur un bout de mémoire n'est pas si périlleux, et pourtant... Quelle trouille devant la violence du trublion qui s'attardait près de ce souvenir-ci... C'est comme si moi dédoublé j'avais voulu oublier, et comme si moi redoublé ne voulait rien entendre, pas avancé d'un pouce, choc frontal des dos accolés dos-à-dos... Quel entêtement, ça oui, un fieffé entêté que je fais, entortillonné sur une idée fixe impossible à dépasser, chaque fois l'impasse mais voilà : pas moyen de s'y lover, le sac de nœuds s'étire et ce sont les cheveux qui crissent, un foutu bourdon de quelques semaines, un satané troufion que je fais... La médiocrité c'est ça : la médiocrité c'est ce putain de court-circuit érigé en hygiène de la mauvaise foi, ça marche très bien pour tout le monde, pour tout ceux qui s'y tiennent... Mais chez moi toujours ça : la route qui se dessine et qui dit : tiens-y toi ... sans que rien n'y vienne... Mélange d'ancolie et de ciguë.
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2
La médiocrité pas ignominieuse... L'ignominie c'est les pages et les pages qui ne veulent rien dire quand à côté, comme en marge ou en levant un peu les yeux, entre deux mots, tout est dit. Le merveilleux... Et toujours partout où le merveilleux prend forme et s'élève et ne veut rien d'autre que votre émerveillement, l'ignominieux s'accole... Et souvent pour ne pas arranger son cas l'ignominie est médiocre...
Tandis que la médiocrité qui sait rester à sa place, voyez-vous (mais il faut bien en être averti) moi je n'ai rien contre ; je la trouve même mignonne, et même souvent gentille, attentionnée, affectueuse, charitable, humaine. Même j'irais plus loin : même je ne suis à mon humble avis pas capable du tiers de sa bonhomie. C'est cela être mauvais. Je n'ai vraiment rien contre, rien contre tout contre, j'y suis presque, mais... Encore reparti, satané petit trou dans ma mémoire, trou noir trou mémoire, tout écrabouillé bouillonnant l'écervelé bubonique, pestilentiel le chancre et l'engeance des souvenirs, toute mémoire est un capharnaüm pharaonique dont la chair est dévorée par l'usurière utilité, saleté de bestiole infestée de synapses, un rat oui, un rat d'égout c'est la mémoire, petit bateau papier prêt à couler, petit trou à la culotte, petit rat de l'opéra, l'idéal voyeur et le spectacle enrobé d'apprêts pudibonds, m'étonne qu'ils y restent pour des heures... Rat pudibond momifié la mémoire !
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3
Pessimiste ou rétrograde ? Telle fut la question qui m'arrêtait. Optimiste ou vaniteux ? Heureux ou simplet ? Méfiance ou prévoyance ? Charmeuse ou innocente ? Involontaire ou téméraire ? Des heures et des heures vous ai-je dit, resté coincé comme bulle de savon, et puis soudain sans crier gare, ramasse tes dents mais t'en as plus, ton dentier alors...
Bagout ragoûtant, j'vous l'ai dit tout-à-l'égout, des rats serpillières, des théières lessivées de souvenirs dégoulinants, j'en ai des paquets à battre au lavoir, mais voilà dans quel ordre !...
Je vous taisons (sic) la première d'abord. A s'en tordre le cou. La première qui s'y jette...
Je désire je veux j'exigeons (sic) le fil de l'histoire, et sa plate linéaire à ravir l'intrigue, et cet entortillement ramifié des péripéties, la vaine substantifiée, et que toujours vainqueur la gloire conquérante défriche les landes d'éphémérides et dévoile les passagères et les fige, beauté chrysalidaire, et que jamais désirant si mal d'être époussetée la gélive hiberne dans de resplendissantes cavernes où venir la débusquer ne se fait pas sans péril, l'aventureuse ravalée pas plantureuse pour deux sous ça non, question d'époque et d'bon cœur indigent comme une soupante pas soupière, qu'un soupir éteigne votre loupiote et plus d'veine pour ressortir, vu qu'c'est ça moi, un terrement de vie de jeune homme assoiffé ou dans ce goût, un ragoût de ragondin et de terreau pas bien fertile...
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4
Alors pas d'geindrerie compris Jérémie ? Sinon au vomitif petit pot pasteurisé, petit poids carotte vert caca d'oie orange citrouille...
Bien simple la poule, si tu vois un œuf t'as qu'à chercher sa mère, si t'en vois pas t'as qu'à t'en faire... Bien simple, simple comme bonjour, simple comme l'histoire mais y'a l'autre ahuri debout sur le muret qui caquette « Mais d'abord, mais d'abord », à t'en faire perdre la tête ! Au début c'était pas compliqué, ça aurait pu ne pas l'être jusqu'à la fin mais voilà : fallait-il pas que l'autre s'en mêle, de début, de milieu, de fin... C'était la fin de la fin cela, la fin des haricots finis d'étuver sans verdure perdue, rien à voir pas vu pas pris, la fin de la fin de la fin, ça court toujours pour vous dire... D'avant même le début c'est pour dire, pas commencé pas fini, on vous l'a toujours prédit l'on n'en a jamais vu la couleur, chassé-croisé papillon doré, ça commençait bien pourtant, ça promettait une belle fin, ça commençait bien mais ça n'en n'a jamais fini de vouloir commencer, j'vous le demande où ça va... battement qui monte battement qui descend, par quel bout la prendre ?
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Toujours rien mon bel âne ? fis-je scrutant les crêtes des collines par où nous serpentions à random, coursant quelque sanglier haletant par derrière les hélices, en pleine dérobade. Hi-han et un cabrement pour toute réponse. Y'en a pour qui les forêts ont des troncs d'arbre si gros qu'ils font un mur de labyrinthe à chaque pas. Ainsi mon âne dans les allées d'un jardin à la française, moi subséquemment. Pas foutu d'y trouver la perspective. Vous exigiais (sic) le fil de l'histoire, oui pour pendre Ariane avec.
Emmanuel Borde
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