Guilhem Semerjian

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Prélude dans le ciel

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Numéro 9 : Carnaval
(le cul à la place de la tête)

Prélude

Prélude dans le ciel


 
 
 
Le Seigneur : Hé là, mes anges, qu'on aille me chercher Méphisto. J'ai envie d'avoir quelques nouvelles d'en bas.
Les anges : Bien, Seigneur.
 
Méphisto : Vous m'avez fait appeler, Seigneur ?
Le Seigneur : Oui, mon brave Méphisto. Donne-moi, je te prie, ton avis sur comment va le monde ces jours-ci.
Méphisto : Oh, vous savez… il va comme d'habitude. Vos légions essaient de guider l'homme vers le bien ; celui-ci, naturellement revêche, s'en détourne. Je l'assiste un peu dans sa rebellion, mais pas trop ouvertement, sinon c'est moi qui l'exaspère et il revient vers vous. Rien de nouveau sous le soleil en somme, si vous me permettez cette expression.
Le Seigneur : Voyons Méphisto, tu me sembles bien sombre aujourd'hui. Ne vois-tu pourtant pas assez de guerres, de crimes, de trahisons parmi les hommes ?
Méphisto : Bien sûr Seigneur, ce sont là spectacles fort réjouissants pour moi, mais quand on a vu une guerre, on les a toutes vues. Oh certes, les décors changent, les armes se perfectionnent, mais au fond, c'est toujours la même chose. A dire vrai, Seigneur, je crois que le mal m'ennuie désormais.

   

2

Le Seigneur : De l'ennui ? Diable, ne répète pas ce mot ici, c'est une maladie qui n'est censée toucher que les hommes, il ne faudrait pas que tu en contamines le Ciel. Je n'ose prévoir quelles en seraient les conséquences.
Méphisto : Permettez-moi alors de me retirer, si ma présence ici est dangereuse pour la santé du monde.
Le Seigneur : Attends un petit peu, je ne peux pas te laisser partir dans cet état. Tu sais très bien que j'ai besoin de toi en pleine forme, que sans un diable vigoureux le bien perd tout son éclat. Essayons ceci pour te divertir de ton ennui : à partir d'aujourd'hui, mes légions se retirent de la Terre, et les tiennes vont les remplacer. Le temps que ta langueur te quitte, je te donne toute licence là-bas. Penses-tu rester longtemps affligé devant un tel terrain de jeu ?
Méphisto : Seigneur, c'est trop d'honneur que vous me faites, je ne sais si ma guérison justifie un tel sacrifice.

3

Le Seigneur : Va, je te l'offre de bon cœur, cours profiter de tes nouveaux jouets, je suis sûr de te revoir bientôt tout ragaillardi. (A part) Je ne risque pas beaucoup à lui prêter la Terre quelques temps. Nous deux savons très bien que plus il essaie d'y installer le mal, plus fort est le bien qui naît en réaction. Enfin… qu'il s'amuse un petit peu, je ne peux pas tolérer un diable dépressif, cette thérapeutique est primordiale.
Méphisto : (A part) Hé hé, le vieux a fait exactement ce que j'attendais de lui. Il croit m'avoir berné, que voulant faire le mal j'obtiendrai le résultat opposé, mais je lui réserve un tour qu'il n'a pas prévu.

 

Guilhem Semerjian

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